30 août 2005

Fuck them all (2005)

La diffusion de ce clip s'est présentée comme évènementielle ... Tout d'abord, les nouvelles du clip arrivèrent avant celles du single : Mylène aurait pris des cours de sabre avec Mario Lurashi, son célèbre ami cascadeur qui nia pourtant les faits qui s'avérèrent pourtant véritables ... : dans l'univers Farmer, le silence est d'or ! Ensuite, on murmure un clip grandiose, un voyage en Roumanie, un tournage d'une dizaine de jours ... Tout se vérifie, pour notre plus grand bonheur ! Le clip sera typiquement farmerien ou ne sera pas ! Plaines enneigées, corbeaux, chevaux ... l'attente se fait difficile du côté des fans, à qui la date du 9 mars est lancée pour la première diffusion, soit un mois exactement après la première diffusion du single en radios ! Vu la longueur du tournage, on annonçait un moyen-métrage qui reprendrait plusieurs chansons de l'album pour constituer une histoire cohérente ... Il est vrai que le plus long clip mondial (Pourvu qu'elles soient douces : environ 17 minutes) nécessita environ 8 jours de tournages ... alors 10 pour celui-ci, on pouvait s'attendre à une longueur assez extraordinaire ... On annonçait aussi une histoire de vampires, le réalisateur serait Almodovar, puis Amenabar ... Les rumeurs allaient bon train !

Mais les rumeurs s'arrêtent brutalement : le 2 mars, un extrait de 15 secondes est diffusé sur M6 pour l'émission C'est pas trop tôt, à qui la première diffusion est attribuée pour la semaine suivante ... Plus qu'un extrait, c'est une véritable bande-annonce reprenant plusieurs morceau du clip : on y découvre une double Mylène (l'une aux cheveux cours criant les « Fuck them all ! », l'autre aux cheveux longs), les chevaux, les corbeaux, les plaines enneigées, le sabre ... Tout se vérifie et l'attente ne se fait que plus longue encore ... Mylène y est d'ailleurs sublime avec ses longs cheveux roux par dessus son long manteau noir ... Le nom du réalisateur est aussi enfin dévoilé : il s'agit d'Agusto Villaronga, notamment réalisateur de El mar (1999), sélection au festival du film de Berlin ...

Le clip commence sur une longue arrivée de Mylène à cheval, dans un paysage désertique, enneigé, les arbres sont noirs ... Quand l'introduction s'intensifie, on découvre sa direction : une usine désaffectée, un entrepôt peut-être, où trône au centre une étrange cage branlante, basculante, qui renferme une autre Mylène, celle-ci aux cheveux courts ... La Mylène qui arrive se dirige aussitôt vers cette cage pour regagner sa consoeur (qui ne semble pas être sa sœur, ou du moins ce fait n'a pas grande importance dans le clip, au contraire de L'Âme-Stram-Gram) ... De nombreux corbeaux sont présents ! Elle la scrute longuement du regard, semble étonnée, puis saisit une pierre au sol pour la balancer au loin ... A notre grande surprise, un énorme miroir se brise, laissant apparaître derrière les plaines enneigées, et Mylène, derrière, n'est plus dans sa cage ... ( ?) Elle est à ses pieds, couverte d'un morceau de tissu qui lui officiera de linceul, sur lequel les corbeaux se sont déjà jetés, Mylène le lui ôte pour lui dégager la tête pâle et gelée et lui fermer les yeux ... Au niveau de son ventre (elle est recouverte !), elle retire en y plongeant ses doigts une épée qu'elle emporte ... Puis elle repart, avec une expression difficile à cerner, tel un mélange de désir de vengeance et en même temps de brutalité assouvie ...

Elle parcourt une courte forêt à pied, peuplée une nouvelle fois de corbeaux, avant de retrouver la plaine ... Tous les corbeaux se dirigent dans la même direction : des sortes d'épouvantails effrayants, au loin ... Au mi-chemin, elle ôte la lame de l'épée de son étui qu'elle jette, et se rue vers les épouvantails qui semblent un peu l'effrayer ... Puis elle commence à tous les détruire à l'aide de son sabre, à les décapiter, les briser ... mais fait étrange : les yeux saignent ! Le sang coule sur la neige et se rejoint pour former un corbeau qui aussitôt s'envole ... Mylène semble devenir folle et furieuse au milieu de ces épouvantails : il ne faut plus qu'il en reste une seul ... Elle tombe une fois et continue cette scène assez étrange et effrayante ...

Des plans nous montrent à nouveau Mylène aux cheveux courts dans sa cage devenue meurtrière par des engrenages qui font descendre le plafond de celle-ci, muni de pics, sur Mylène qui se défend tant bien que mal ... Mais les pics ont raison d'elle, et au moment où l'on devine que ceux-ci la transpercent, la Mylène au sabre plante celui-ci dans la neige, comme elle l'avait pris dans son ventre auparavant ... (Le plan de dos nous fait d'ailleurs croire au départ qu'elle se le plante elle-même dans le ventre ...) Le bruit de la lame dans la neige clôt la musique, puis un lourd grondement intervient suivi d'un coup de tonnerre : l'orage est passé ! Elle s'évapore alors tel un tas de cendres que le vent emporte violemment !

Ce clip reprend tout à fait l'esthétique et l'imagerie quasi-gothique des débuts de la chanteuse, dans la faste période dans clips de Laurent Boutonnat ... Les principaux thèmes sont ainsi abordés : le sang des pantins, la mort, la violence ... ; ne manque plus que la Religion !

Ce clip est finalement cohérent avec les paroles de la chanson (une fois n’est pas coutume !) … Il pose la problématique de la femme d’après la libération sexuelle … Si si ! Mylène y est ainsi dans la même quête que Madonna, mais en beaucoup plus subtil … Mylène est ici dans l’appréhension globale. Ici, l’homme est absent ! C’est donc Mylène qui a le phallus, puisqu’elle a l’épée … Le paysage autour d’elle est désolé, il symbolise l’impossible réconciliation des sexes, la difficulté de l’amour … Elle se tourne donc vers un narcissisme morbide qui conduit à l’élimination de l’une par l’autre, symbolisant à merveille le débat intérieur de la psyché féminine … Elle parle ici de la difficulté des femmes à situer leur désir. D’une façon très moderne, puisque Mylène affirme vouloir vivre sans désir sans rencontrer au grand amour romantique …

Agustin Villaronga signe donc ici un clip typiquement farmerien, à un tel point que l'on peut se douter que c'est Mylène elle-même qui a écrit ce scénario ... Cependant, il impose sa touche avec une réalisation efficace qui lui est chère, des plans accélérés, des travellings rapides ... Tout comme Laurent apporte sa richesse à Mylène, ce réalisateur semble bel et bien se conjuguer à la perfection pour créer cet univers bien particulier qu'insuffle ce clip !

Posté par Juke Box à 11:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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