D'étranges rêveries : Clipographie

30 août 2005

Fuck them all (2005)

La diffusion de ce clip s'est présentée comme évènementielle ... Tout d'abord, les nouvelles du clip arrivèrent avant celles du single : Mylène aurait pris des cours de sabre avec Mario Lurashi, son célèbre ami cascadeur qui nia pourtant les faits qui s'avérèrent pourtant véritables ... : dans l'univers Farmer, le silence est d'or ! Ensuite, on murmure un clip grandiose, un voyage en Roumanie, un tournage d'une dizaine de jours ... Tout se vérifie, pour notre plus grand bonheur ! Le clip sera typiquement farmerien ou ne sera pas ! Plaines enneigées, corbeaux, chevaux ... l'attente se fait difficile du côté des fans, à qui la date du 9 mars est lancée pour la première diffusion, soit un mois exactement après la première diffusion du single en radios ! Vu la longueur du tournage, on annonçait un moyen-métrage qui reprendrait plusieurs chansons de l'album pour constituer une histoire cohérente ... Il est vrai que le plus long clip mondial (Pourvu qu'elles soient douces : environ 17 minutes) nécessita environ 8 jours de tournages ... alors 10 pour celui-ci, on pouvait s'attendre à une longueur assez extraordinaire ... On annonçait aussi une histoire de vampires, le réalisateur serait Almodovar, puis Amenabar ... Les rumeurs allaient bon train !

Mais les rumeurs s'arrêtent brutalement : le 2 mars, un extrait de 15 secondes est diffusé sur M6 pour l'émission C'est pas trop tôt, à qui la première diffusion est attribuée pour la semaine suivante ... Plus qu'un extrait, c'est une véritable bande-annonce reprenant plusieurs morceau du clip : on y découvre une double Mylène (l'une aux cheveux cours criant les « Fuck them all ! », l'autre aux cheveux longs), les chevaux, les corbeaux, les plaines enneigées, le sabre ... Tout se vérifie et l'attente ne se fait que plus longue encore ... Mylène y est d'ailleurs sublime avec ses longs cheveux roux par dessus son long manteau noir ... Le nom du réalisateur est aussi enfin dévoilé : il s'agit d'Agusto Villaronga, notamment réalisateur de El mar (1999), sélection au festival du film de Berlin ...

Le clip commence sur une longue arrivée de Mylène à cheval, dans un paysage désertique, enneigé, les arbres sont noirs ... Quand l'introduction s'intensifie, on découvre sa direction : une usine désaffectée, un entrepôt peut-être, où trône au centre une étrange cage branlante, basculante, qui renferme une autre Mylène, celle-ci aux cheveux courts ... La Mylène qui arrive se dirige aussitôt vers cette cage pour regagner sa consoeur (qui ne semble pas être sa sœur, ou du moins ce fait n'a pas grande importance dans le clip, au contraire de L'Âme-Stram-Gram) ... De nombreux corbeaux sont présents ! Elle la scrute longuement du regard, semble étonnée, puis saisit une pierre au sol pour la balancer au loin ... A notre grande surprise, un énorme miroir se brise, laissant apparaître derrière les plaines enneigées, et Mylène, derrière, n'est plus dans sa cage ... ( ?) Elle est à ses pieds, couverte d'un morceau de tissu qui lui officiera de linceul, sur lequel les corbeaux se sont déjà jetés, Mylène le lui ôte pour lui dégager la tête pâle et gelée et lui fermer les yeux ... Au niveau de son ventre (elle est recouverte !), elle retire en y plongeant ses doigts une épée qu'elle emporte ... Puis elle repart, avec une expression difficile à cerner, tel un mélange de désir de vengeance et en même temps de brutalité assouvie ...

Elle parcourt une courte forêt à pied, peuplée une nouvelle fois de corbeaux, avant de retrouver la plaine ... Tous les corbeaux se dirigent dans la même direction : des sortes d'épouvantails effrayants, au loin ... Au mi-chemin, elle ôte la lame de l'épée de son étui qu'elle jette, et se rue vers les épouvantails qui semblent un peu l'effrayer ... Puis elle commence à tous les détruire à l'aide de son sabre, à les décapiter, les briser ... mais fait étrange : les yeux saignent ! Le sang coule sur la neige et se rejoint pour former un corbeau qui aussitôt s'envole ... Mylène semble devenir folle et furieuse au milieu de ces épouvantails : il ne faut plus qu'il en reste une seul ... Elle tombe une fois et continue cette scène assez étrange et effrayante ...

Des plans nous montrent à nouveau Mylène aux cheveux courts dans sa cage devenue meurtrière par des engrenages qui font descendre le plafond de celle-ci, muni de pics, sur Mylène qui se défend tant bien que mal ... Mais les pics ont raison d'elle, et au moment où l'on devine que ceux-ci la transpercent, la Mylène au sabre plante celui-ci dans la neige, comme elle l'avait pris dans son ventre auparavant ... (Le plan de dos nous fait d'ailleurs croire au départ qu'elle se le plante elle-même dans le ventre ...) Le bruit de la lame dans la neige clôt la musique, puis un lourd grondement intervient suivi d'un coup de tonnerre : l'orage est passé ! Elle s'évapore alors tel un tas de cendres que le vent emporte violemment !

Ce clip reprend tout à fait l'esthétique et l'imagerie quasi-gothique des débuts de la chanteuse, dans la faste période dans clips de Laurent Boutonnat ... Les principaux thèmes sont ainsi abordés : le sang des pantins, la mort, la violence ... ; ne manque plus que la Religion !

Ce clip est finalement cohérent avec les paroles de la chanson (une fois n’est pas coutume !) … Il pose la problématique de la femme d’après la libération sexuelle … Si si ! Mylène y est ainsi dans la même quête que Madonna, mais en beaucoup plus subtil … Mylène est ici dans l’appréhension globale. Ici, l’homme est absent ! C’est donc Mylène qui a le phallus, puisqu’elle a l’épée … Le paysage autour d’elle est désolé, il symbolise l’impossible réconciliation des sexes, la difficulté de l’amour … Elle se tourne donc vers un narcissisme morbide qui conduit à l’élimination de l’une par l’autre, symbolisant à merveille le débat intérieur de la psyché féminine … Elle parle ici de la difficulté des femmes à situer leur désir. D’une façon très moderne, puisque Mylène affirme vouloir vivre sans désir sans rencontrer au grand amour romantique …

Agustin Villaronga signe donc ici un clip typiquement farmerien, à un tel point que l'on peut se douter que c'est Mylène elle-même qui a écrit ce scénario ... Cependant, il impose sa touche avec une réalisation efficace qui lui est chère, des plans accélérés, des travellings rapides ... Tout comme Laurent apporte sa richesse à Mylène, ce réalisateur semble bel et bien se conjuguer à la perfection pour créer cet univers bien particulier qu'insuffle ce clip !

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QI (2005)

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Deuxième clip issu de l’album « Avant que l’ombre … », « QI » est signé Benoît Letsang, célèbre concepteur d’effets spéciaux et entre autres créateur de la mythique marionnette de « Sans contrefaçon » … Ce clip déçoit beaucoup les fans car il montre certes une Mylène plus resplendissante que jamais (elle va jusqu’à remercier Benoît Di Sabatino, son compagnon, à la fin du clip !), mais on est loin des superproductions et subtilités d’antan …

Il n’en reste pour autant pas un clip dénué totalement de sens derrière cette quête esthétique infinissable : on n’est pas chez Marcus Niespel non plus (désolé, je m’emporte !) …

Ce clip illustre donc selon moi le voyage dans le monde du fantasme … L’homme rêve devant les écrans géants de la ville et se retrouve alors avec Mylène juste derrière lui … Le rêve est devenu réalité … Il touche l’écran et alors elle lui apparaît, toujours dans un rôle, dans son fauteuil, puis finalement naturelle, le sourire aux lèvres, riant …

Ce clip serait alors comme une métaphore de la relation qui unit Mylène à son public … Elle nous apparaît constamment lointaine et inaccessible … Mais à force d’échanges qu’elle sait si bien fonder sur l’émotion et les sens eux-mêmes, le public entre dans une complicité fusionnelle avec l’icône qui devient alors beaucoup plus proche de nous …

Mais la fin nous rappelle que tout ceci n’était qu’un instant, que peut être une chanson, un disque, un clip ou une tournée … Alors la star retrouve son écran géant, et l’homme ayant vécu tous ces plaisirs se retrouve à nouveau seul …

Certes, ce n’est pas un clip à la « Pourvu qu’elles soient douces » ou même « Je te rends ton amour », mais je crois qu’il est excessif de l’emmener aux oubliettes, déjà bien remplies de clips comme « L’instant X » ou « Souviens-toi du Jour … » : oh ben alors, que du Niespel !

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29 août 2005

Je te rends ton amour (1999)

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Lors de récents sondages auprès de fans (ceux-ci n’ayant pour autant qu’un titre indicatif et rien d’officiel !), le clip favori était « Je te rends ton amour », de François Hanss, éternel assistant de Boutonnat alors passé lui-même réalisateur !

Ce clip marque un retour au gothique des débuts, comme « L’Âme-Stram-Gram » (clip précédent) avait marqué un retour aux longs clips ambitieux … Une période de retour aux sources donc …

Notons également que ce clip sera proprement censuré par le CSA … Mylène ne veut le raccourcir, alors il est censuré … Elle décide donc de sortir

la VHS

du clip et de reverser les fonds à la recherche contre le SIDA … Beau pied de nez …

1-    Lecture analytique

Mais revenons au clip en lui-même, avec tout d’abord le scénario …

Le clip commence par une Mylène sortant d’un tunnel sombre puis parcourant une forêt, un livre sous le bras … Elle porte une robe à dominante rouge et ses cheveux sont classieusement coiffés en chignon … elle semble, à sa gestuelle, aveugle ! Une silhouette tout de noir vêtue la surveille … Mylène pénètre dans l’Eglise vers le confessionnal et parcourt son livre écrit en braille … Elle dépose son alliance sur le livre … Pendant ce temps, la silhouette l’a suivie et plongé ses doigts aux longs ongles dans le bénitier d’où de la fumée s’est alors échappée, comme pour prouver le caractère démoniaque du personnage … Tel un démon, il passe la main au-dessus de 13 bougies (!!!) qui alors s’éteignent … Les prie-Dieu se renversent, les gargouilles restent figées, et deux Christ (sans leur croix !) présents dans l’église, figés, semblent gênés de ne pas pouvoir intervenir …

Sous des traits plus humains, malgré ses yeux aux pupilles de serpent, le « démon » prend la place du prêtre au confessionnal. Du sang coule du poignet du personnage de Mylène, tels les stigmates du Christ, mais aussi à l’intérieur de sa cuisse … Le démon la saisit par le cou et les grilles lui pressent la tête alors qu’elle tente de se débattre … Des statues d’anges tombent et se brisent, des inscriptions gravaient s’effacent … Les images se succèdent, montrant Mylène recroquevillée ou recouverte de sang, ou en plein ébat avec le Malin … Elle est bâillonnée, attachée de bandeaux blancs … Le sang s’écoule du confessionnal, s’éparpillant dans toute l’Eglise … Mylène apparaît même nue et crucifiée à la place du Christ sur la nef …

Et le démon repart, en replongeant les doigts dans le bénitier alors rempli de sang … Mylène marche et se recroqueville dans le sang, elle s’en souille et y dépose son alliance …

Quand elle repart, elle est alors habillée de noir, les cheveux détachés de leur chignon initial … Elle n’est plus aveugle !!!

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2-    Pistes de lectures

Ce clip est incontestablement l’un des clips les plus riches, réunissant esthétisme, images chocs et profondeur dans les thèmes abordés … Certes, il renoue le sulfureux triptyque « sang, sexe et religion », mais il est loin d’être pour autant vide de sens … Les symboles sont extraordinairement denses pour un clip …

A)    L’évolution du personnage

Tout d’abord, le sang du début semble bien être celui de la virginité (en parallèle avec la couleur rouge de la robe qui rappelle « Le petit chaperon rouge », parallèle renforcé par la présence maléfique dans les bois …). Il est ensuite celui de la sainteté (les stigmates), et devient finalement celui du dépucelage (le long de la cuisse) puis de la souillure !

Comme dans bon nombre de clips, Mylène apparaît au début pure : elle est tâtonnante, hésitante comme un enfant qui vient de naître, ce dont le tunnel par lequel elle sort semble bel et bien être le symbole … Mais la suite de l’histoire met en scène sa confrontation à la réalité des choses, la parte de l’insouciance et de son aveuglement dont elle fait le deuil avec sa longue robe noire et le retour à la vue … Longue robe noire aussi symbole de l’impureté …

On peut alors noter que ce qui fait basculer toute l’histoire sont les stigmates … Ces stigmates contiennent une double interprétation : ils représentent d’une part le caractère pur d’une personne (comme des saints ayant des stigmates « spontanés »), et en même temps ils représentent la souffrance humaine, tout comme ceux du Christ … Mylène plus tard sera d’ailleurs elle aussi crucifiée … Revenons donc sur les raisons de la crucifixion : le Christ fut arrêté pour avoir été messianique et devenait alors dangereux pour les autorités publiques … Les stigmates sont alors pour les Chrétiens le symbole de la souffrance qu’engage la condition humaine, mais aussi le fait que tout messianisme est voué à être détruit par les dogmes régnant (ici le « messie » fut tué !) … Seul survit le message, comme le rappelle le tunnel du départ qui évoque le mythe de la caverne de Platon, selon lequel on pouvait faire croire à des hommes enfermés dans le noir des objets qui n’étaient que des ombres … Ils voyaient au-delà des apparences …

Le symbole de la pensée dogmatique est alors ici le livre en braille … Il se présent comme un livre sacré, aux significations multiples … Dont par exemple la notion d’interdit : dans la plupart des religions, seules quelques personnes ont accès au savoir … Les yeux de serpent du « démon » sont ceux de la tentation de s’approprier ce savoir qu’elle détient ! Mais Mylène elle-même le lit et sera punie par la suite : une sanction vient punir ce péchés, une loi du grand livre sacré contenant les dogmes a été transgressée et c’est avec violence et dans le sang que Mylène paie sa liberté d’action !

B)    La cécité comme aveuglement

On peut également voir ce clip par la symbolique de la cécité … Comme une description de l’aveuglement que constitue la tentation de se référer à ce que l’on ne comprend pas … Les dogmes enferment mais protègent, et lorsque l’on veut y renoncer (Mylène dépose l’alliance), alors on est balayé (on retrouve le thème de la rébellion vaine car beaucoup trop impulsive !) …

C)    La peur du changement

Il existe aussi une troisième grille de lecture qui est celle du refus de l’ordre établi sur les dogmes qui privent l’individu de ses idéaux et rêves … On revient à l’idée selon laquelle dans toute structure orthodoxe, toute idée de changement (même annoncé !) est synonyme de danger car elle remet en cause l’ordre établi … En préservant les dogmes dont ils sont détenteurs, les garants de l’orthodoxie ont un pouvoir sur leurs congénères !

Dans cette lecture, on retrouve la démonstration de Mylène du refus de tout système dogmatique (le livre) au profit d’un monde plus libre, celui des fantasmes …

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3-    En conclusion

Comme souvent dans l’Univers Farmer, les pistes d’interprétation voire de compréhension sont pour le moins multiples … Ces trois interprétations cependant correspondent à trois lectures possibles qui se regroupent finalement au même thème : Mylène Farmer et son refus des dogmes, ceci pour mieux prôner la part du rêve et de l’imaginaire … On remarque ainsi les barreaux sur son visage (lieu de la pensée) : son esprit est emprisonné par la lecture du livre !

Elle montre ainsi le poids que peuvent constituer les dogmes pour un individu … Certes, personne ne peut évoluer sans voir un certain nombre de croyances, mais ce qui est ici décrit c’est l’étouffement qu’entraînent des croyances imposées.

La censure de cette œuvre est d’ailleurs à double tranchant puisqu’elle pointait du doigt les messages « pervers » véhiculés ici … Alors l’expression personnelle est salutaire mais amène à un rejet … Obéir à des désirs est un vœu respectable mais soumis aux entraves … C’est en substance l’un des messages que transmet Mylène en rappelant que, sans tolérance, les individus s’éloignent …

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Souviens-toi du Jour (1999)

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Pour la quatrième fois, Mylène demande à Marcus Niespel de réaliser un clip pour elle … Pour la quatrième fois, rien de terrible à se mettre sous la dent …

Ici, Mylène se retrouve dans un appartement en feu, en prenant des poses lascives et aguicheuses … Quand on sait le grave sujet de la chanson, on ne peut qu’être consterné !

Dernier espoir alors, voir en ce clip une évocation d’un poème d’Apollinaire : « Le brasier » :

« Et voici le spectacle

Et pour toujours je suis assis dans un fauteuil

Ma tête mes genoux mes coudes vain pentacle

Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles »

« Alcools », 1913

… Mouais … Un clip à oublier … !

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28 août 2005

Sans logique (1989)

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Il existe dans l’œuvre clipographique de Mylène un triptyque (qui ne se présente pas comme tel !) qui évoque en filigrane une dimension sociale particulièrement forte : ce sont « Tristana » (1987), « Sans logique » (1989) et « Désenchantée » (1991) … Attardons-nous ici sur « Sans logique » …

On y retrouve des thèmes forts à Mylène, à savoir l’amour qui se mêle à la mort, la Religion avec le crucifix perdu par l’enfant, les connotations sexuelles avec le serpent de l’Eden, puis la symbolique de la corrida pour la symbolique espagnole, le tout soupçonné de schizophrénie évoquée par les paroles. Nous y reviendrons peut-être dans le futur, mais je tiens aujourd’hui à vous faire prendre conscience de la dimension sociale de ce clip … La lutte sociale, dont particulièrement celle de la rébellion vaine.

Les vieux sont ici les nantis, les garants de l’ordre moral, les partenaires du conformisme social … Ils se complaisent en leur statut qui ne peut être autrement : il n’ont rien à faire pour le conforter : ils ont leur place et en jouissent, en usent pour imposer des limites à la jeunesse qui représente ici la spontanéité, mais aussi évidemment le mal de vivre et la recherche de soi …

Ce que dénonce le clip est donc cet ordre social : l’harnachement de la conformité sur ceux qui portent en eux l’espoir du changement. En cassant brutalement l’ordre des choses (ici Mylène tue comme un geste désespéré pour se libérer des entraves et sortir en quelque sorte du scénario attendu), le personnage symbolise l’aspiration au changement de cet état … Mais l’impulsivité de son acte n’a pour conséquence alors que sa vacuité !

Les vieux partent alors comme ils sont venus, les jeunes ramassent les pièces, et l’ordre social reprend ainsi son cours normal, comme avant …

Ce clip montre alors un autre aspect de l’univers Farmer qui est la peur de vieillir illustré par les textes de « Plus Grandir » et « Et si vieillir m’était conté » … Cependant, cette peur ne semble finalement pas être la peur de vieillir au sens strict du terme, ou de mourir, mais sans doute la peur de faire partie de cette partie de la population qu’elle décrie avec ses valeurs qu’ils maintiennent envers et contre tout !

Pour l’anecdote, sachez que ce clip fut l'inspiration première d'Amélie Nothomb pour son livre Attentat où elle a écrit :

"Le studio reproduisait une arène expressionniste avec des ombres peintes et des cadavres à la place des spectateurs. Et elle devait jouer le rôle principal, celui d'un jeune taureau fou qui s'éprenait du matador et le lui exprimait en lui transperçant le ventre avec ses cornes."

... ce qui est, si on peut dire, le scénario du clip ... !

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25 février 2005

A quoi je sers ... (1989)

 

Tout comme le sera Pardonne-moi en 2002, tourné d'ailleurs aussi en noir et blanc, A quoi je sers est un clip-bilan … Il tourne un lourde page, et beaucoup à cette époque croyaient la fin de la carrière de Mylène ...

Il se présente sous la forme d'un vieux film, et utilise la métaphore du Styx (le fleuve qui sépare le monde des morts de celui des vivants) pour illustrer ce départ vers l'inconnu, vers le renoncement et la fuite du passé …

Mylène se présente vers des marais, seule, éperdue, ne portant qu'une petite valise … Elle attend le passeur. Elle monte dans la barque et navigue avec lui durant toute la première partie de la chanson dans les hautes herbes … Son visage est fermée : elle semble perdue dans ses pensées … Les deux compagnons ne se parlent pas. Le regard du passeur est creux, énigmatique …

Puis, lors du pont musical, le spectateur découvre enfin d'étranges silhouettes fantomatiques qui semblent attendre l'arrivée de Mylène … Elle se retourne alors et les regarde … La brume se dissipant, on découvre que ces silhouettes ne sont autres que les personnages principaux de ses clips antérieurs : la Rivale de Libertine, la capitaine de Pourvu qu'elles soient douces, le marionnettiste (et sa marionnette) de Sans contrefaçon, Rasoukine (l'amant de Tristana), et le matador de Sans logique … Ils se retrouvent, sans la moindre émotion et s'élancent en marchant, unis, vers les profondeurs des marais … jusqu'à disparaître, filmés de dos, dans les brumes (pour se noyer ensemble ?) …

 

Le clip marque bel et bien la volonté de clôturer l'expérience passée … À l'époque, Mylène venait de terminer sa tournée qui l'avait totalement troublée … On peut aussi noter que dernier clip, Sans logique, est le seul à se terminer par ce mot fatidique : FIN … La fin d'une aventure, d'une lourde entreprise qu'ils n'ont plus la force de porter …

La question reste donc en suspend de savoir si à l'époque, Mylène souhaitait réellement mettre un terme à sa carrière … ?

Heureusement pour nous, il en fut autrement …

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24 février 2005

Pardonne-moi (2002)

 

Ce clip se présente comme un clip-bilan, comme A quoi je sers l'avait été en 1989 … Avec ce clip, tout laisse présager que le retour de Mylène se fera de façon différente de tout ce qu'elle a fait auparavant …

Retour sur ce clip …

Pour la deuxième fois depuis leur rupture clipographique, Laurent Boutonnat reprend la caméra … Mylène étant partie à Marrakech et les sonorités du titre étant assez arabisante dans le pont musical, la rumeur prétend un clip long, tourné en extérieur et particulièrement sulfureux …

Il n'en sera rien.

Le clip est en noir et blanc, tourné en studio à Paris, à son retour, dans une ambiance intimiste … Mylène y joue le rôle d'un nonne, filmée en plans fixes …

Comme dans la plupart des clips de Laurent, il ne se passe rien au début … Il faut que le spectateur s'habitue à l'espace qu'il présente afin de mieux le détruire ou au moins le renverser par la suite … La caméra fait des travellings avants sur Mylène … Elle a les cheveux détachés (rayonnante de beauté) et semble raconter ses aventures en y mêlant ses souvenirs grâce aux expressions de son visage …

Le premier refrain arrive, et l'on assiste à une autre scène : dans une lumière quasi-absente, Mylène se confesse en invoquant sa demande de pardon ...

Retour aux couplets, et Mylène reprend ses aventures avec les différents princes … On sent une tension qui augmente et semble (mais semble seulement) atteindre son apogée avec le retour du prince hongrois … Les flash de lumière s'intensifient, puis ses yeux finissent par se révulser …

 

 

Ces princes sont symbolisés par un cavalier (arabisant) qui tente de rejoindre Mylène mais n'y parviendra jamais …

Le dernier prince, « noir », semble être le comble de toutes ces confessions … Le décor s'emplit de fumée, les scènes sont courtes, s'enchaînent rapidement : la folie n'est pas loin, elle guète …

Mylène entame des danses épileptiques, sous les flashs de lumière toujours plus forte. Un serpent se déroule, les scènes se mélangent comme la musique … Mylène est tantôt aveugle, tantôt voyante …

 

 

Puis le musique s'arrête, en résonnant … Après s'être confessée, Mylène repart … Le clip est terminé : une page se tourne …

 

 

Ce clip semble simple, ce qui a souvent déçu les fans : « Laurent ne saurait-il plus faire les clips magistraux qui nous faisaient tant rêver … ? » Il semble cependant que Laurent soit au sommet de son art : il ne fait plus de films, mais des clips … L'époque n'est plus la même … Il donne une véritable leçon aux réalisateurs, avec cette remarquable qualité de réalisation …

Il joue sur les symboles chers à la clipographie de la chanteuse … : le cavalier (rappel d'Allan), la lune (Ainsi soit-je …). On retrouve bon nombre d'éléments présents dans toute l'œuvre passée de Mylène : le huit clos rappelle le sulfureux clip de Beyond my control, les yeux révulsés pour Sans logique, la cécité rappelle Je te rends ton amour avec le parallèle à la religion, les danses avec des voiles pour L'Âme-Stram-Gram … Certains plans aussi rappellent ce passé : on retrouve la posture de la couverture d'Ainsi soit-je …, un plan du clip d'Optimistique-Moi

Ce clip reprend aussi des paradoxes chers à Mylène comme la position timide de la nonne qui se confesse, en parallèle aux danses qui laissent apparaître son corps sans retenue …

Laurent, pour mieux faire transparaître cette force, n'hésite d'ailleurs pas à passes les images à l'envers, donnant à celles-ci un caractère anormal et étrange sous les stroboscopes …

Toutes ces références ne font que renforcer l'idée que ce clip est un clip-bilan, comme un récapitulatif de son œuvre passée … Vers quoi va-t-elle donc décider d'aller à présent ? Pourquoi ont-ils souhaité tourner cette page ?

Nous sommes au plus proche de le savoir avec l'imminent clip de Fuck them all, qui s'annonce déjà comme grandiose …

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